CAN 2021 : Les latéraux du Cameroun et les manques algériens

Écrit par F.Toniutti et M.Ribeiro, le 12 janvier 2022 à 23:22. Mis à jour le 13 janvier 2022 à 13:09.

CAN 2021 : Les latéraux du Cameroun et les manques algériens Accès libre

Après les douze premières rencontres de la compétition, premier tour d’horizon de cette Coupe d’Afrique des Nations 2021 avec quelques enseignements tactiques.

Cameroun : les latéraux ont la clé 

Dimanche en fin d’après-midi, le pays hôte est entré du bon pied dans la compétition en venant à bout du Burkina Faso (2-1). Une victoire loin d’être simple face à un adversaire qui avait fait plus qu’inquiéter l’Algérie durant les qualifications pour la Coupe du monde. Organisé en 4-3-3 sur la feuille de match, le Cameroun a présenté une animation asymétrique marquée par le positionnement très avancé de son latéral droit, Collins Fai (Standard Liège). Pour le meilleur… et pour le pire. 

Avec le ballon, l’équipe de Toni Conceiçao pouvait basculer en 3-4-3 si nécessaire. Positionné devant la défense, Gouet (Malines) décrochait alors entre ses défenseurs centraux, facilitant de fait la montée de son latéral. En allant ainsi occuper l’aile droite, Fai permettait à Ngamaleu de se recentrer pour devenir une menace dans le demi-espace. De quoi créer de l’incertitude chez Malo (Agadir), le latéral gauche des Étalons. 

Gouet recule entre Onguene et Ngadeu. Fai monte d’un cran pour occuper l’aile et permettre à Ngamaleu de se recentrer. 

Dès les premières secondes de jeu, Yago a évité l'expulsion de manière assez miraculeuse suite à une intervention sur le piston droit camerounais. Fai avait échappé à la vigilance de Malo, sorti à contre-temps.

Le piston du Standard a surtout noué une relation privilégiée avec Moumi Ngamaleu, le recherchant à plusieurs reprises en profondeur dans l’intervalle séparant le latéral gauche et le central du Burkina. 

Onguéné trouve Fai dans le camp adverse : Ngamaleu attaque l’espace dans le dos du latéral burkinabé qui sort au cadrage de son vis-à-vis. 

La connexion Fai-Ngamaleu a ainsi été la plus prolifique en termes de passes progressives (6) et d’entrées dans le dernier tiers adverse. Problème : en bout de chaîne, le milieu de terrain des Young Boys Berne n’a pas toujours été dominateur dans les un-contre-un (3 dribbles réussis sur 9 tentés). 

De l’autre côté du terrain, Nouhou Tolo (Seattle) a laissé Toko Ekambi occuper l’aile gauche pendant la majeure partie de la première période. C’est toutefois sur l’une de ses rares incursions dans les 30 derniers mètres que le Cameroun a obtenu son deuxième penalty du match, juste avant la pause. 

Positionné à l’intérieur, Toko libère le couloir à Tolo qui va être lancé par l’ouverture de Gouet. 

Défensivement aussi, les latéraux camerounais ont eu un poids très important dans le rapport de force de cette rencontre… mais pas pour les bonnes raisons. 

On l’a vu : de par son positionnement, Collins Fai évoluait comme un véritable piston dans son couloir droit. Malgré la défense à quatre, le latéral du Standard conservait la même attitude lorsque le Cameroun n’avait plus le ballon. Très agressif, il n’hésitait pas à sortir très haut et loin de ses partenaires de la ligne défensive pour chasser son adversaire direct, Cyrille Bayala (Ajaccio). 

Bayala décroche et propose le une-deux avec Blati Touré (sans club). Fai le serre de très près.
Problème : le latéral camerounais déconnecte après le duel et est dépassé par l’appel en profondeur de son vis-à-vis. 

Défenseur central droit, Onguéné n’avait pas l’explosivité suffisante pour couvrir les grands espaces abandonnés par son latéral, d’autant plus que les compensations n’étaient pas forcément assurées s’il venait à quitter l’axe. 

Le Burkina est ainsi passé à deux reprises dans le dos du latéral droit camerounais… pour deux situations dangereuses : la première a forcé Onana à quitter sa surface pour couper l’action le plus tôt possible (16e). La seconde a amené le corner et lancé la séquence s’achevant sur l’ouverture du score de Sangaré (25e). 

De l’autre côté du terrain, le Cameroun se retrouvait face à l’habituel côté fort du Burkina avec Issa Kaboré et Bertrand Traoré. Lorsque les Étalons parvenaient à enchaîner les passes dans l’entrejeu et installer leur bloc, le danger se dessinait rapidement : en rentrant demander le ballon à l’intérieur, Traoré y attirait son adversaire direct (Tolo), libérant alors tout le couloir pour les longs appels du latéral de l’ESTAC. Une bonne passe dans le dos de l’ailier gauche camerounais, et le danger pouvait vite arriver sur les buts d’Onana.

Traoré attire Tolo à l’intérieur pendant que Kaboré passe dans le dos de Toko. En une passe, Dayo peut lancer son latéral sur l’aile droit et faire entrer le Burkina dans le dernier tiers. 

Heureusement pour les Lions, les Burkinabés n’ont pas exploité toutes les opportunités de ce type durant le premier acte. Après la pause, des lignes resserrées et un bloc reculé ont permis aux joueurs de Toni de traverser le reste de la rencontre sans grosse frayeur, à l'exception d'un coup de pied arrêté. Les Lions devront néanmoins revoir leur copie défensive d’ici les matches couperets, sous peine d’être rapidement mis en grande difficulté dans les couloirs. 

L’Algérie impuissante 

Mardi, c’était au tour du champion en titre de faire son entrée dans la compétition. Tenue en échec (0-0) par une vaillante Sierra Leone, l’Algérie n’est pas parvenue à s’imposer face à la 108e nation au classement FIFA. Deuxièmes de leur groupe de qualifications, les Sierra-Léonais avaient déjà prouvé leur solidité défensive en encaissant seulement 6 buts en 6 matches, dont 4 au Nigéria (4-4), pour arriver jusqu’à cette CAN.

Avec le ballon, les hommes de Djamel Belmadi se sont organisés en 4-1-4-1 / 4-3-3 avec Belkebla seul devant la défense. Mais l’équipe de John Kester et son approche en 4-4-2 sans ballon a très bien su répondre à l’animation du champion d’Afrique. Les Algériens ont d’abord peiné à installer leur bloc dans la moitié de terrain adverse et à trouver des joueurs à l’intérieur, produisant ainsi une première mi-temps insipide.

Impossible pour l’Algérie de progresser au sol dans l’axe : Belkebla est bien pris par Alhaji et Kei Kamara, idem pour Feghouli et Brahimi plus haut.

Avec des milieux peu trouvables durant 45 minutes, les hommes de Djamel Belmadi ont privilégié le jeu long pour tenter de contourner la densité adverse et s'éloigner d'une pelouse compliquée. Mais, à cause d'un trop grand déchet technique et un gardien sierra-léonais (Mohamed Kamara, East End Lions) qui a bien su gérer l’espace dans le dos de ses centraux, l’Algérie n’est pas parvenue à se procurer d’occasion franche (1 tir cadré) malgré 69% de possession. 

Ce sont même les Leone Stars qui ont eu les meilleures occasions de la première période, sur attaque rapide à la 5e minute puis sur coup franc à la 22e, les deux fois via Alhadji Kamara (Randers FC).

Nouveau ballon pour Atal. Belkebla est toujours pris et le décrochage de Feghouli est suivi. Le latéral algérien choisit donc de jouer long pour servir Slimani ou Belaili lancés. Le ballon terminera dans les mains du gardien adverse à l’entrée de la surface.

Après la pause, l'Algérie a retrouvé des couleurs en mettant plus de joueurs autour de Belkebla (Stade Brestois), notamment via les décrochages de Feghouli (Galatasaray), en passant plus par le sol pour enfin installer son bloc dans la moitié de terrain adverse. 

Même si les Fennecs se sont faits peur sur un but justement refusé pour hors-jeu à Mohamed Buya Turay (Henan Songshan Longmen), ils ont largement dominé la seconde période, terminant le match avec 1,7xG et 19 tirs (1,54 xG et 15 tirs sont issus du second acte).

Mandi peut trouver Slimani dans l’axe. Ce dernier joue en remise sur Mahrez qui, face au jeu, peut servir Brahimi dans le dos des centraux pour offrir à l’Algérie la plus belle occasion du match.

Malgré cette domination territoriale et technique, l'Algérie n’est pas parvenue pas à concrétiser devant le but. La faute à un manque d’efficacité – comme l’a souligné Djamel Belmadi après le match –, à l’image de Brahimi, Bounedjah ou Benhrama, mais surtout à un gardien sierra-léonais en grande forme. Le jeune Mohamed Kamara (1998) a terminé le match avec 7 arrêts dont 4 sur sa ligne et 5 sorties réussies sur 5. Une très belle entrée dans la compétition pour celui qui a été élu homme du match et qui avait déjà été très bon lors des qualifications alors qu’il évolue encore dans le championnat local.

Même si le premier match du tenant du titre est frustrant, il n’est pas encore alarmant. Les conditions climatiques difficiles, l'horaire du match, l'état de la pelouse, l’absence d’Ismaël Bennacer (AC Milan, suspendu), qui aurait sûrement changé beaucoup de choses dans cette configuration, et surtout la capacité de réaction en deuxième période : tous ces paramètres permettent de nuancer le résultat final. Et même si avec ce résultat, l’Algérie n’a plus le droit à l’erreur face à la Guinée Équatoriale (16/01) et la Côte d’Ivoire (20/01), elle reste l’un des favoris à sa succession. 

Et aussi :  

 

  • La prestation d’Ola Aina (Fulham) face à l’Égypte. Surpuissant dans son couloir droit, le latéral a symbolisé avec Simon Moses (7 courses progressives) la supériorité nigérianne dans tous les compartiments du jeu face à une Égypte pas loin d’être catastrophique. Faits marquants de son match : 6 tacles (100% de réussite), 2 dribbles et une chevauchée d’une soixantaine de mètres qui aurait dû permettre à Iheanacho de doubler la mise en seconde période. 
  • L’intensité marocaine face au Ghana. Vainqueur sur le plus petit des scores, les Marocains sortent de cette première série de matches avec le titre temporaire d’équipe la plus agressive du tournoi. Avec 8,1 actions défensives par minute de possession adverse et un PPDA de 4, les joueurs de Vahid Halilhodzic sont très loin devant les autres (6,8 actions défensives pour l’Égypte et un PPDA de 6,1 pour les Comores) et largement au-dessus de la moyenne (5,39 actions défensives par minute de possession adverse et un PPDA de 11,02). 
  • L’impuissance du Sénégal face au Zimbabwe. Amputée d’une bonne partie de ses titulaires, la sélection d’Aliou Cissé s’en est tirée grâce à un penalty glané au bout des arrêts de jeu. Avant cela ? Deux contres suivant des coups de pied arrêtés, un exploit individuel de Sadio Mané et… c’est tout. Manque de rythme, passes mal appuyées et autres erreurs techniques : les Lions de la Teranga devront montrer beaucoup plus pour être à la hauteur de leur statut de favori. 
  • La fin de match entre la Tunisie et le Mali (0-1), qui a vu l’arbitre de la rencontre damer le pion aux joueurs pour devenir la star de la rencontre avec un coup de sifflet final prématuré à la 85e, un carton rouge sévère pour El Bilal Touré et un retour aux vestiaires décidé après 89 minutes et 38 secondes de jeu après une mi-temps ayant vu 9 changements, une pause fraîcheur et deux interventions de la VAR. Un final rocambolesque qui fait passer au second plan la difficile entrée en lice des Tunisiens dans le tournoi. 
  • L’action à 2,12 xG de la Guinée-Bissau face au Soudan. Tout est parti d’un penalty extrêmement mal tiré par Pelé et repoussé par le portier soudanais (0,76 xG). Plus vif que tous les autres joueurs, Piqueti reprend le ballon mais l’expédie sur la barre (0,33). Après un rebond, ce dernier revient dans les pieds de Mendy, dont le tir est trop croisé (0,26). Le cuir revient alors sur Piqueti, qui ne parvient pas à le mettre au fond des filets (0,59). 
  • Le coup tenté par le Malawi face à la Guinée. Habituées à jouer en 4-4-2 depuis des années, les Flames ont tenté de surprendre leurs adversaires en opposant un 3-4-1-2 au 3-5-2 préparé par Kaba Diawara juste avant le tournoi. Et il s’en est fallu de peu pour que cela fonctionne puisque seule la maladresse de Chester et la performance d’Aly Keita dans les buts guinéens (6 arrêts) ont permis au Syli National de s’imposer sur la plus petite des marges. 

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